
Pièce maîtresse du
mobilier de Notre-Dame-de-Beauvoir. Il a été classé Monument Historique en 1908.
Ce retable est composé de cinq panneaux de bois peints a tempera (technique de
peinture utilisant l'œuf comme liant), enrichis de feuilles d'or sur le panneau
central. Les commanditaires Elzéar, Pierre et Claude Asse, issus d'une famille
de notables Gramboisiens, sont connus par l'inscription figurant sur le socle
sur lequel se tient le saint. Son auteur, a signé son œuvre d'un monogramme,
qui ne suffit malheureusement pas à l'identifier, et l'a datée du 7 octobre
1519. Il raconte, en quatre panneaux groupés autour du panneau central, les
épisodes marquants de la vie du saint.
Panneau
central :
Jean-Baptiste, caractérisé par son vêtement en peau de bête, souvenir de
sa vie d'ermite, est représenté de face, debout sur un socle où figure
l'inscription latine relative aux commanditaires du tableau. Dans sa main
gauche, il tient un livre sur lequel se tient l'Agneau Mystique (blessé au flanc
et portant la bannière du christianisme). Le saint désigne de l'index droit le
sacrifice de Jésus, prononçant les paroles (inscrites dans un phylactère), par
lesquelles il désigne Jésus comme étant le Sauveur : "Ecce Agnus Dei"
("Voici l'agneau de Dieu, qui enlève le pêché du monde").

La Visitation :
Au premier plan, la Vierge Marie, enceinte, rencontre sa
cousine Elisabeth, mère de Jean, qui prononce alors le célèbre : "tu es bénie
entre toutes les femmes, et le fruit de ton sein est béni", qui sera intégré à
l'Ave Maria. Au second plan, l'artiste figure la naissance de Jean-Baptiste. Ce
type de juxtaposition de scènes dans un même tableau était une pratique courante
de la peinture médiévale et ne disparut que progressivement avec la Renaissance.
Le
Baptême :
C'est par lui que Jean sera nommé Le Baptiste. La scène matérialise
l'alliance du Messie et du Tout-Puissant. C'est l'une des premières
manifestations de la Trinité, représentée ici par la superposition des images du
Christ recevant l'Esprit Saint (colombe) et de Dieu le Père. Un ange tend à
Jésus une tunique pour qu'il s'en revête après son baptême dans le Jourdain.
Soulignons que la représentation de la cérémonie correspond à la pratique
liturgique et non aux textes des évangiles dans lesquels le baptême se
pratiquait par immersion totale du corps.

L'Arrestation :
Cette scène, rarement représentée, relate l'arrestation du
Baptiste après qu'il ait dénoncé l'union incestueuse d'Hérode Antipas, Tétrarque
de Galilée et de Pérée, avec sa belle-sœur Hérodiade. On peut faire le
rapprochement avec la représentation traditionnelle de Jésus devant Hérode.
Peut-être l'auteur a-t-il souhaité cette comparaison.
La
Décollation :
Ce
dernier panneau montre deux scènes de la Passion du saint : "la décollation" et
"La tête offerte à Hérodiade". à gauche, Salomé, poussée par sa mère, a réussi à
séduire Hérode par ses danses afin d'obtenir la mort du Prophète. Elle reçoit la
tête de Jean-Baptiste, que le bourreau vient de trancher. Le martyr, mains
liées, est encore figé en position de prière. Au centre du panneau, Salomé
apporte le macabre présent à Hérode et à sa femme sur un plateau d'argent. Pour
souligner la cruauté et la haine qu'Hérodiade entretenait envers le saint, le
peintre la figure plantant un couteau dans l'œil de Jean-Baptiste.
Élaboré à une époque charnière (la fin du
Moyen-âge, le début de la
Renaissance), ce polyptique montre l'affrontement de deux styles. La peinture
médiévale d'une part, marquée par la rigidité des corps, la superposition de
scènes sur un même panneau, ou encore le fond doré
du panneau central. La technique inspirée par la Renaissance italienne d'autre
part, avec l'introduction de paysages, de détails architecturaux et de
perspectives.
Sources :
- Archives départementales de Vaucluse : 4 T 40.
- Février (P.-A.) (Dir.) : Inventaire Général, Provence-Alpes-Côte-D'azur,
Vaucluse, Pays d'Aigues, Paris, 1981, Imprimerie Nationale, 716 p.
- Catalogue d'exposition : La peinture en Provence au XVIe siècle, 1987, éd.
Rivages et Musées de Marseille.